Par Maëva Gomez, Avocate, 

Le 23 février 2026

L’Autorité de la concurrence, dans son Avis rendu le 18 février 2026, souligne que le secteur de la création de contenus vidéo en ligne est devenu en quinze ans une composante majeure de l’industrie audiovisuelle française, avec plus de 150 000 créateurs professionnels en 2024.

Face à ce développement rapide et à l’importance économique croissante de cette activité, l’Autorité s’est autosaisie le 13 mai 2024.

Parmi les acteurs entendus figurent les représentants d’Instagram, OpenAI, TikTok, Twitch et YouTube, ainsi que l’Union des métiers de l’influence et des créateurs de contenu (UMICC) et plusieurs créateurs à forte notoriété (Dr Nozman, EnjoyPhoenix, Gaspard G, HugoDécrypte, Inoxtag, Maghla, McFly & Carlito, Squeezie et ZeratoR).

Le pouvoir des plateformes sur les créateurs de contenu

Le marché de la création de contenus vidéo en ligne est aujourd’hui concentré autour de trois ou quatre plateformes majeures : YouTubeTikTok, Instagram et dans une moindre mesure, Twitch.

L’Avis relève que ces plateformes ne sont pas substituables mais complémentaires, comme le relève la pratique du multihoming, c’est‑à‑dire l’usage simultané de plusieurs plateformes par les créateurs.

Ce double constat montre que les plateformes disposent d’un pouvoir de marché très élevé vis‑à‑vis des créateurs, qui ne sont donc pas complètement libres de choisir l’une ou l’autre.

Selon l’Avis, les créateurs de contenu dépendent essentiellement des plateformes pour atteindre leur audience et générer leurs revenus, alors qu’un créateur individuel représente une part marginale des revenus de la plateforme. Cette situation crée un déséquilibre structurel dans le pouvoir de négociation, confirmé par 80 % des créateurs interrogés, dont des créateurs à forte notoriété qui reconnaissent la domination des plateformes dans les relations commerciales.

Dans ce contexte de déséquilibre, les plateformes fixent unilatéralement :

  • Les règles de partage des revenus publicitaires : l’Autorité souligne que la mise en place de ces dispositifs reste à la discrétion des plateformes. Par exemple, Instagram n’en propose pas, contrairement à YouTube, TikTok ou Twitch, dont l’accès est conditionné à des seuils minimaux d’audience ou de volume de contenu. Ces critères excluent ainsi de nombreux créateurs, qui génèrent pourtant des revenus pour les plateformes.

    A ce titre, l’Autorité encourage les plateformes à accroître la transparence dans la mise en œuvre des règles de partage des revenus (Recommandation n°3).

  • Les conditions de visibilité des contenus : selon l’avis de l’Autorité, les algorithmes de recommandation et les mesures de modération, entièrement contrôlés par les plateformes, restent opaques pour les créateurs. L’Autorité souligne que cette opacité comporte des risques concurrentiels, puisqu’un usage non équitable des algorithmes pourrait entraver le libre jeu de la concurrence entre contenus proposés. 

    Sur ce point, l’Autorité recommande :

  • une transparence accrue sur le fonctionnement et les mises à jour des algorithmes (Recommandation n°4) ;

  • la transparence des mesures de modération (Recommandation n°5) ;

  • la mise à disposition d’interlocuteurs pour expliquer toute baisse de visibilité ou sanction (Recommandation n°6) ;

  • la prévention de tout favoritisme dans la mise en avant des contenus (Recommandation n°7).

A défaut, une mise en œuvre non équitable des algorithmes pourrait constituer une atteinte à la concurrence au sens de l’article 102 du TFUE et de l’article L. 420-2 du Code de commerce, notamment si certains contenus sont indûment favorisés.

Enjeux (futurs) : l’intelligence artificielle générative (IAG)

L’usage de l’IAG dans la création de contenu vidéo demeure encore limité, mais se développe rapidement. Il se manifeste principalement sous deux formes :

  • l’assistance à la création, par exemple pour la rédaction de scripts, la conception de vignettes, le montage ou la génération automatique de sous-titres ;

  • la production intégrale de contenus vidéo entièrement générés par IAG .

L’Autorité souligne que l’IAG est susceptible de modifier les équilibres concurrentiels entre contenus produits par des créateurs humains et contenus générés par IA. A ce titre, elle recommande que les plateformes et les opérateurs d’IAG assurent une identification claire des contenus produits par intelligence artificielle (Recommandation n°2).

L’avis de l’Autorité repose notamment sur les contributions reçues jusqu’au 15 septembre 2024. Depuis, l’usage de l’IAG s’est largement diffusé, dépassant le cadre d’une innovation strictement émergente et ses technologies n’ont cessé de se sophistiquer. L’Avis ne mentionne donc pas les difficultés actuelles des plateformes à suivre ce rythme et à mettre en œuvre les systèmes de détection recommandés par l’Autorité. 

Si le cadre juridique du secteur s’est renforcé ces dernières années, notamment avec le Digital Markets Act (DMA), le Digital Services Act (DSA) et la « loi influenceurs », en complément du droit commun audiovisuel, l’Avis de l’Autorité met en évidence l’existence d’un déséquilibre réel au détriment des créateurs de contenu et au profit des plateformes.

Le constat est sans équivoque : les grandes plateformes contrôlent presque entièrement les règles de revenus et de visibilité, laissant les créateurs dans une position nettement désavantagée.

Pour aller plus loin et faire face aux évolutions et aux développements du secteur, nous mettons à votre disposition nos expertises afin de sécuriser durablement votre activité, notamment dans la protection et la valorisation de vos contenus. 

Sources :

- Avis 26-A-02 du 18 février 2026 relatif au fonctionnement de la concurrence dans le secteur de la création de contenu vidéo en ligne en France : https://www.autoritedelaconcurrence.fr/sites/default/files/integral_texts/2026-02/26-A-02_ADLC_0.pdf

- Article 102 TFUE : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/ALL/?uri=CELEX:12008E102

- Article L420-2 du Code de commerce : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038725501

Création de contenu en ligne : l’Avis de l’Autorité met en lumière le pouvoir des plateformes sur les créateurs